Publié le Mardi 26 mai 2026 à 17:09:22

20 jours, 20 histoires : la Coupe du monde volée de l’Angleterre, le chien héros et la polémique de la ligne

20 jours, 20 histoires : la Coupe du monde volée de l’Angleterre, le chien héros et la polémique de la ligne

Un vol digne d’un roman policier, un héros à quatre pattes qui sauva le tournoi et cette ligne devenue l’une des plus grandes controverses de l’histoire du football… Dans notre série consacrée à 20 récits marquants de la Coupe du monde, arrêt aujourd’hui sur l’édition 1966, celle du sacre de l’Angleterre.

Berceau du football, l’Angleterre remportait en 1966 la première — et jusqu’à aujourd’hui l’unique — Coupe du monde de son histoire, à domicile. Mais le récit de ce tournoi ne se limita pas aux exploits sur la pelouse. L’année 1966 fut aussi celle d’un mystérieux vol qui mobilisa Scotland Yard, d’un héros improbable à quatre pattes et d’une finale épique dont l’action la plus célèbre continue encore aujourd’hui d’alimenter les débats, malgré toutes les technologies modernes. D’une disparition digne des meilleurs thrillers jusqu’à la décision historique de l’Azerbaïdjanais Tofiq Bahramov, retour sur l’anatomie d’un tournoi devenu légendaire.

Le grand casse de Londres : où est passée la Coupe Jules-Rimet ?

À seulement quatre mois du début du tournoi, le monde du football fut secoué par une nouvelle stupéfiante. Le trophée original de la Coupe du monde, la Coupe Jules-Rimet, entièrement réalisée en or massif, avait été exposée au Westminster Central Hall de Londres afin d’être présentée au public.

Le dimanche 20 mars 1966, alors qu’un office religieux se tenait dans le bâtiment, le trophée disparut comme un fantôme, malgré une sécurité pourtant importante.

La fédération anglaise paniqua immédiatement. La police ouvrit une enquête, mais les indices étaient presque inexistants. Seul élément concret : une lettre de rançon signée “Jackson”. Les voleurs réclamaient 15 000 livres sterling en échange de la coupe. La police tendit un piège et arrêta l’homme venu récupérer l’argent. Mais le trophée, lui, demeurait introuvable.

L’entrée en scène d’un héros à quatre pattes

Une semaine après le vol, le 27 mars, une simple promenade dominicale dans le sud de Londres allait changer à jamais l’histoire du football. David Corbett, un ouvrier travaillant près de la rivière, promenait son chien Pickles, un bâtard noir et blanc. Soudain, l’animal se mit à flairer un paquet soigneusement enveloppé dans du papier journal, caché au pied d’un buisson. Lorsque Corbett ouvrit le paquet, il reconnut immédiatement l’objet qu’il tenait entre ses mains : la Coupe du monde disparue.

Quand il se rendit au commissariat, personne ne le crut d’abord. Puis la vérité éclata. La Coupe avait été retrouvée… non pas par un détective de Scotland Yard, mais par un simple chien.

Du jour au lendemain, Pickles devint le héros du pays. Il reçut des récompenses, passa à la télévision et joua même dans un film intitulé The Spy with the Cold Nose (“L’espion au nez froid”). Invité aux célébrations du titre mondial de l’Angleterre, il reçut une médaille ainsi qu’une année entière de nourriture pour chien. Selon un article publié par la FIFA en 2020, le fidèle compagnon repose encore aujourd’hui dans le jardin de la maison de South Norwood où vivait son maître — qui habite toujours les lieux.

La décision de Tofiq Bahramov qui entra dans l’histoire

Soulagée après la récupération du trophée, l’Angleterre poursuivit sa route jusqu’à la finale. Le 30 juillet 1966, devant 98 000 spectateurs dans le mythique stade de Wembley, le football offrit l’un de ses plus grands classiques : Angleterre – Allemagne de l’Ouest.

On estime qu’environ 400 millions de personnes suivirent cette finale à la télévision. À l’époque, il s’agissait de l’une des audiences mondiales les plus importantes depuis les funérailles de Winston Churchill.

Après 90 minutes irrespirables, les deux équipes étaient toujours à égalité (2-2) et la rencontre partit en prolongation.

À la 101e minute, l’attaquant anglais Geoff Hurst décocha une frappe puissante dans la surface. Le ballon heurta la barre transversale avant de rebondir tout près de la ligne.

Les joueurs anglais levèrent aussitôt les bras pour célébrer le but, tandis que les Allemands protestaient avec véhémence, convaincus que le ballon n’avait jamais franchi la ligne.

L’arbitre suisse Gottfried Dienst hésita un instant, puis courut vers son juge de touche. Cet assistant n’était autre que l’Azerbaïdjanais Tofiq Bahramov, qui représentait l’Union soviétique durant le tournoi.

Dans le stade comme devant les écrans, des millions de regards étaient suspendus à leur échange.

Dienst demanda à Bahramov si le ballon avait franchi la ligne. L’assistant ne parlait ni anglais ni allemand. Pourtant, sans la moindre hésitation, il hocha la tête, désigna le rond central et valida le but. Score : 3-2.

Psychologiquement touchée, l’Allemagne encaissa un quatrième but avant la fin des prolongations. L’Angleterre s’imposa 4-2 et remporta ainsi la première Coupe du monde de son histoire.

Grâce à cette décision, Tofiq Bahramov acquit une renommée mondiale. Après le tournoi, il fut décoré par la reine Élisabeth II. Plus tard, le plus grand stade d’Azerbaïdjan, le stade Respublika, fut rebaptisé en son honneur.

Une statue fut également érigée devant le stade, faisant de Bahramov le premier arbitre de l’histoire à recevoir un tel hommage.

En 2004, lorsque l’Angleterre se rendit à Bakou pour un match de qualification à la Coupe du monde, des supporters anglais ainsi que plusieurs officiels — parmi lesquels Geoff Hurst — déposèrent des fleurs devant sa statue pour le remercier de cette décision prise en 1966.

Lors de l’inauguration de la statue, Geoff Hurst déclara : « C’était un arbitre formidable. Il n’a jamais douté de sa décision une seule seconde. Pour moi, il restera toujours une légende. »


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