Publié le Vendredi 22 mai 2026 à 23:30:57
20 jours, 20 histoires : le destin brisé de Roberto Baggio
À 20 jours de la Coupe du Monde, notre série vous plonge dans 20 histoires uniques qui ont marqué le tournoi. Nouvelle escale : la finale de 1994. Cette fois, la scène se passe à Pasadena, avec Roberto Baggio dans le rôle principal.
« Si je pouvais effacer un souvenir de ma carrière, ce serait celui-là. J’ai vécu toute ma vie avec la douleur de ce penalty manqué. Mais je garde aussi cela en tête : seuls ceux qui ont le courage de le tirer peuvent rater un penalty. »
Roberto Baggio a prononcé ces mots des années après cette image iconique entrée à jamais dans l’histoire de la Coupe du Monde 1994. Un homme la tête baissée, les mains sur les hanches, debout à quelques pas du point de penalty... Devant lui, l’explosion de joie du Brésil ; derrière lui, l’effondrement de l’Italie. Pourtant, raconter la finale de 1994 uniquement à travers ce penalty manqué serait laisser l’histoire de Baggio incomplète.
Baggio n’est pas arrivé aux États-Unis uniquement en tant que numéro 10 de l’Italie. Il était le Ballon d’Or 1993, la star de la Juventus. Il était considéré comme l’un des talents les plus purs du football mondial. Son surnom, « Il Divin Codino », c’est-à-dire « Le Chignon Divin », lui collait déjà à la peau. Avec sa petite queue-de-cheval, son expression sereine, son talent incroyable et son style qui changeait instantanément le rythme du jeu dès que le ballon touchait ses pieds, il était l’une des figures du football les plus populaires de l’époque.
Son statut de star n'était pas le fruit d'une ascension ordinaire. Son transfert de la Fiorentina à la Juventus en 1990 avait secoué l'Italie. Le montant de 8 millions d’euros représentait à l'époque l'une des transactions les plus chères du football mondial. À Florence, les supporters ont eu du mal à accepter ce départ. Baggio, quant à lui, est rapidement devenu sous le maillot de la Juventus l’un des plus grands joueurs d’Europe.
Son impact dans la culture populaire était tout aussi puissant que son influence sur le terrain. Le fait que Madonna porte le maillot numéro 15 de l’Italie lors d’un concert à Rome symbolisait sa transformation en figure culte du football des années 90. Baggio n'était plus seulement un footballeur. Avec son maillot bleu azur, son célèbre chignon et ses yeux verts, il était l’un des visages incontournables des affiches de l'époque.
Les attentes étaient immenses pour la Coupe du Monde 1994, mais l’Italie a mal commencé le tournoi. L’équipe d’Arrigo Sacchi a perdu son premier match 1-0 contre l’Irlande. Elle a ensuite battu la Norvège 1-0, fait match nul 1-1 contre le Mexique et n’a pu sortir de sa poule qu’avec quatre points. Les Azzurri ne jouaient pas bien ; ils semblaient s'accrocher au tournoi plutôt que d'y progresser.
Baggio est entré en scène
En huitièmes de finale face au Nigeria, l’Italie est passée tout près de l’élimination. Le représentant africain menait 1-0 alors que le chronomètre affichait la 89e minute. C’est là que Baggio est apparu pour égaliser. En prolongations, il a inscrit un autre but sur penalty et a propulsé l’Italie en quarts de finale. Contre l’Espagne, les yeux étaient encore rivés sur lui à la 88e minute. Il a éliminé le gardien et, malgré un angle fermé, a envoyé le ballon au fond des filets pour plier le match. En demi-finale face à la Bulgarie, il a marqué deux buts en première mi-temps. Si l’Italie a marché vers la finale, les empreintes les plus marquantes sur ce chemin appartenaient à Baggio.
Le jour de la finale, Baggio n’était pas au mieux de sa forme physique. En raison d’un problème musculaire survenu lors du match contre la Bulgarie, sa présence pour le match du titre était incertaine. Pourtant, il est entré sur le terrain. Disputer une finale de Coupe du Monde contre le Brésil était l’un de ses rêves d’enfant. Le 17 juillet 1994, au Rose Bowl de Pasadena, devant 94 000 personnes, le Brésil et l’Italie s’affrontaient pour un quatrième titre mondial.
Le match s’est avéré être un jeu d’échecs rugueux où les deux équipes évitaient de faire des erreurs, bien loin de la finale spectaculaire attendue. Le Brésil comptait Romario, Bebeto, Dunga et Taffarel ; l’Italie alignait Baresi, Maldini, Albertini et Baggio. Les noms étaient immenses, mais le jeu est resté verrouillé. Les 90 minutes n’ont apporté aucun but, et le score n’a pas bougé non plus durant les prolongations. Pour la première fois de l’histoire de la Coupe du Monde, le vainqueur d’une finale allait se décider aux tirs au but.
La séance de tirs au but a mal commencé pour l’Italie. Franco Baresi a envoyé le premier penalty au-dessus du cadre. Du côté du Brésil, Gianluca Pagliuca a arrêté le tir de Marcio Santos, rétablissant ainsi l’équilibre. Albertini, Romario, Evani et Branco n’ont pas tremblé. Ensuite, Taffarel a stoppé la frappe de Daniele Massaro. Dunga s’est s'élancé et a donné un avantage de 3-2 au Brésil.
Quand est venu le tour de Baggio, l’Italie devait absolument marquer pour rester dans la compétition. Il y a ici un détail, petit mais important, qui a été oublié au fil des ans : même si Baggio avait marqué, le Brésil aurait encore eu un tir au but à effectuer. Ce tir n'était donc pas, mathématiquement parlant, le seul élément décisif de la finale. Mais le football s'intéresse parfois plus aux conséquences qu'aux causes d'une histoire. C'est exactement ce qui s'est passé ce jour-là.
Baggio s'est avancé vers le ballon. Comme il l'a raconté plus tard, il savait que Taffarel avait l'habitude de plonger d'un côté. Il avait donc prévu d'envoyer le ballon au milieu, à mi-hauteur. Taffarel a bel et bien plongé sur sa gauche, mais le ballon n'a pas suivi la trajectoire voulue par Baggio. Il s'est élevé et est parti au-dessus de la transversale.
Le Brésil est devenu champion du monde. Taffarel s'est écroulé à genoux. Les joueurs brésiliens ont couru vers lui. Baggio, quant à lui, est resté immobile à sa place pendant quelques secondes. Cet instant a inscrit le vaincu dans l'histoire tout autant que le vainqueur.
L’année 1994 de Baggio ne se résume pas à un penalty. C'est lui qui avait maintenu l’Italie en vie face au Nigeria, qui l’avait portée à la dernière minute contre l’Espagne et qui l’avait emmenée en finale face à la Bulgarie. Mas la mémoire du football est parfois cruelle.
À Pasadena, le ballon s'est envolé au-dessus du cadre. Pendant des années, cette séquence a été rappelée comme l’un des moments les plus dramatiques de l’histoire du football. Pourtant, c’est précisément là que réside ce qui rend l’histoire de Baggio si spéciale. Parce que parfois, essayer et échouer a plus de valeur que de ne jamais tenter. Et ce jour-là, malgré le risque d'échouer, Baggio n'a pas hésité à être celui qui s'avance pour tirer.
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