Publié le Jeudi 17 septembre 2026 à 13:27:55 , Modifié le Jeudi 17 septembre 2026 à 13:32:34
Pascal Nouma : Beşiktaş-Marseille est un derby personnel pour moi
À quelques heures de l'affiche de Ligue Europa ce soir entre Beşiktaş et Marseille, Pascal Nouma, qui a porté le maillot des deux clubs au cours de sa carrière, s'est exprimé dans les colonnes du journal turc Oksijen sur l'importance que revêtent ces deux équipes pour lui et sur cette rencontre tant attendue.
Pour un Parisien, porter le maillot de Marseille n’était pas chose facile. Et là-bas, j’ai dû affronter un adversaire bien plus redoutable que tout ce que j’avais pu connaître dans ma carrière de footballeur : le cancer… Les Marseillais ne m’ont pas laissé seul dans les moments les plus difficiles de ma vie. Beşiktaş, de son côté, est l’endroit où je me suis le plus senti chez moi. Voilà pourquoi je suis incapable de choisir entre les deux équipes qui vont s’affronter ce soir. Ce sont les deux moitiés de mon cœur qui vont se retrouver face à face.
Mon passage à Marseille a coïncidé avec l’une des périodes les plus difficiles de ma vie. Je venais de quitter Beşiktaş, l’endroit où je m’étais senti le plus chez moi. J’étais revenu en France et, en tant que Parisien, je m’installais à Marseille. Ce n’était pas seulement une nouvelle équipe : le pays, la ville, le climat, la vie… Tout changeait à nouveau. Ce n’était pas facile.
Ceux qui connaissent la relation entre Paris et Marseille dans le monde du football comprendront ce que je veux dire. Quand on est un joueur formé à Paris, signer à Marseille n’est pas un transfert comme les autres. Les gens s’étonnent, posent des questions. Et peut-être qu’on finit soi-même par se poser la même question : « Je vais vraiment à Marseille ? » Oui, j’y allais.
Bernard Tapie, qui était alors le président de Marseille, a joué un rôle très important dans cette décision. J’ai encore aujourd’hui énormément d’affection et de respect pour lui. Qu’il repose en paix. C’est lui qui m’a ouvert les portes d’un grand club comme Marseille. Là-bas, on ne m’a pas considéré uniquement comme un footballeur. La ville, le club et les supporters m’ont accueilli à bras ouverts. Pour un Parisien, quoi de plus surprenant ?
Revenons d’abord un peu en arrière
J’avais passé deux saisons plutôt réussies à Lens. Ensuite, j’ai rejoint Beşiktaş. Lorsque je suis arrivé en Turquie, presque tout a changé dans ma vie. Un nouveau pays, un nouveau football, une nouvelle culture et un public totalement différent… Pourtant, je n’ai pas mis longtemps à m’adapter. J’ai réalisé une très belle saison. J’avais signé un contrat de deux ans et, dès ma première saison, j’ai disputé 24 matches de championnat et marqué 18 buts. Mais les chiffres ne suffisent pas à raconter ce que j’ai vécu à Beşiktaş.
Il arrive qu’un joueur marque beaucoup de buts dans un club, remporte des trophées, puis poursuive sa route. Et puis, parfois, il se crée entre un joueur et un club un lien que le football à lui seul ne peut pas expliquer. Avec Beşiktaş, c’est ce qui m’est arrivé. La relation que j’avais avec les supporters ne s’est pas construite uniquement grâce à mes buts. Ils aimaient ma façon de me battre sur le terrain, mon caractère et, parfois, mon côté un peu fou. Moi, j’aimais leur passion. C’était comme si nous étions tombés amoureux au premier regard.
Pour moi, Beşiktaş est bien plus qu’un club. J’y ai vécu une période de ma vie que je n’oublierai jamais. Si je ne me suis jamais senti comme un étranger en Turquie, les supporters de Beşiktaş y sont pour beaucoup. Ils ne se sont pas contentés de chanter pour moi depuis les tribunes. Ils m’ont considéré comme un membre de leur famille. Puis j’ai décidé de rentrer en France et j’ai signé à Marseille.
Une maladie comme le cancer vous fait comprendre à quel point le football est peu de chose
La vie a parfois un drôle de sens de l’humour. Alors que je venais de trouver une nouvelle maison à Beşiktaş, je suis retourné en France pour rejoindre la ville où, pour un Parisien, il est probablement le plus difficile de se sentir chez soi. Pourtant, Marseille m’a montré un visage très différent de celui que j’avais imaginé avec mes préjugés.
Malheureusement, j’y ai vécu quelque chose qui rendait même le football dérisoire. J’ai disputé 11 matches sous le maillot de Marseille et c’est à cette période que j’ai appris que j’avais un cancer. Plus tard, j’ai dû faire face à une réalité que même les médecins avaient du mal à croire : j’avais joué ces matches alors que la maladie était déjà là.
Quand un footballeur entre sur le terrain, il peut ressentir des douleurs. Parfois, il cache une blessure, parfois il pousse son corps au-delà de ses limites. Il se dit : « On termine le match et on verra après. » Parce qu’en tant que joueur, on a l’impression de pouvoir tout contrôler. Son corps, sa force, sa douleur… Mais lorsqu’une maladie comme celle-là surgit, on comprend soudain que le football n’est finalement qu’une toute petite partie de la vie.
Beşiktaş est ma maison, Marseille la ville où j’ai mené le combat de ma vie
Lorsque je portais le maillot de Marseille, je n’ai pas eu l’occasion de montrer sur le terrain tout ce que j’étais capable de donner. C’est mon plus grand regret. Je n’ai pas pu montrer le vrai Pascal à ce grand club, à cette ville et à tous ceux qui m’avaient accepté. Les supporters marseillais ne m’ont pas vu jouer pendant de longues années. Je ne leur ai pas laissé beaucoup de buts ni de grandes victoires. Et pourtant, ils ont pris une place très particulière dans ma vie.
Car on ne se souvient pas seulement de ceux qui étaient là dans les plus beaux moments. Ceux que l’on n’oublie vraiment jamais, ce sont ceux qui vous ont tendu la main dans les périodes les plus difficiles de votre existence.
L’amour des supporters de Beşiktaş continuait lui aussi à m’atteindre à cette époque. Des pays et des kilomètres nous séparaient, mais le lien que nous avions créé était toujours là. D’un côté, il y avait les supporters de Beşiktaş qui m’avaient accueilli en Turquie comme l’un des leurs. De l’autre, les Marseillais qui m’avaient soutenu pendant mon combat contre la maladie.
Aujourd’hui, quand je repense à cette période, je suis fier de pouvoir dire que j’ai joué à Marseille. Pas seulement parce que j’ai porté le maillot d’un grand club, mais parce que j’y ai vécu une histoire qui allait bien au-delà du football…
Et maintenant, Beşiktaş et Marseille vont s’affronter. Deux clubs dont j’ai porté le maillot vont se retrouver sur le même terrain. On me demande : « Pour qui vas-tu être ? »
Je ne sais vraiment pas comment choisir.
Mon cœur ira de l’un à l’autre. Beşiktaş est ma maison. Marseille est la ville où j’ai livré le plus grand combat de ma vie. L’un m’a appris où était ma place, l’autre m’a appris la valeur de la vie. Voilà pourquoi ce match est, pour moi, un derby personnel.
Beşiktaş semble plus proche de la victoire, mais le football n’est pas une science exacte
Bien sûr, il y a aussi les réalités du football. Nous ne sommes encore qu’au début de la saison et Marseille a malheureusement enchaîné les défaites. Malgré cela, l’équipe possède toujours un effectif de qualité. Et puis, les matches de Coupe d’Europe ont toujours une atmosphère particulière. Ces rencontres ont une signification spéciale pour les clubs, les joueurs, mais aussi pour les villes.
Je suis certain que l’ambiance sera impressionnante dans un stade comme celui de Beşiktaş. Je connais très bien ces tribunes et je sais comment les supporters de Beşiktaş vivent les soirées européennes. C’est pourquoi je m’attends demain à un match très équilibré, intense et disputé entre les deux équipes.
À première vue, Beşiktaş semble avoir fait de bons choix sur le marché des transferts depuis le début de la saison. En dehors de Trossard et Vlahović, le club n’a peut-être pas recruté beaucoup de noms particulièrement médiatiques. Mais parfois, l’important n’est pas de recruter de grands noms : il faut surtout trouver les bons joueurs, ceux qui correspondent aux besoins de l’équipe. Les recrues de Beşiktaş semblent s’être adaptées très rapidement. Les résultats en sont la meilleure preuve.
Marseille, de son côté, doit se reprendre au plus vite. Ce match contre Beşiktaş ne sera donc pas pour eux une simple rencontre européenne. Ce sera un rendez-vous extrêmement important, aussi bien pour le club que pour la ville de Marseille. Et bien sûr, il en va de même pour Beşiktaş et pour la Turquie.
Quand je regarde la progression de Beşiktaş lors de ses trois derniers matches et, à l’inverse, les défaites de Marseille, je dirais que Beşiktaş semble légèrement plus proche de la victoire. D’autant plus qu’ils joueront chez eux, devant leur public. Mais le football n’est pas une science exacte. Et encore moins des mathématiques. Tous les calculs que l’on peut faire sur le papier peuvent être bouleversés par une seule action une fois le match commencé. C’est aussi ce qui fait la beauté du football : il y a toujours une place pour la surprise.
Lorsque le match commencera, toutes ces paroles n’auront plus beaucoup d’importance. Les émotions seront mises de côté pendant un moment et ce sera au ballon de parler. Mais quoi qu’il arrive sur le terrain, aucun résultat ne pourra changer ce que je ressens pour ces deux clubs.
J’espère que ce sera un beau match. J’espère que les deux équipes proposeront un football à la hauteur de leur grandeur.
Et à la fin ?
Que le meilleur gagne.
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